Revue des Maladies Respiratoires

 

facteur d'impact


Le facteur d'impact (de l'anglais "impact factor") est un index bibliométrique. Depuis quelques années, il a pris une importance considérable dans le monde des publications biomédicales, où il est devenu une sorte de "marqueur de qualité" : en effet, publier dans une revue à facteur d'impact élevé est considéré comme un gage d'importance, de qualité, de crédibilité. Bien qu'une telle conclusion ne soit pas complètement fausse, elle est très loin d'être exacte. Le facteur d'impact est le rapport du nombre de citations qui renvoient au journal évalué dans la littérature publiée lles deux années précédentes au nombre d'articles publiés par ce journal pendant la même période. Ainsi, le facteur d'impact 2004 d'une revue est-il égal au nombre de fois où cette revue a été citée en 2002 et 2003 divisé par le nombre d'articles que cette revue a publiés en 2002 et 2003. Ce facteur ne tient pas compte de l'autocitation (la revue se cite elle-même), de la densité de la discipline concernée en termes de chercheurs et de publications, et encore moins de la qualité des articles publiés. De très nombreux biais devraient empêcher le facteur d'impact d'être un élément de jugement de la qualité d'un article, d'un chercheur, ou d'une équipe, mais malheureusement peu nombreux sont ceux qui font l'effort de compréhension nécessaire à un usage raisonné de cet index (voir à ce sujet l'éditorial d'Arnaud Perrier en ouverture du n°spécial 2003 "l'année 2002 en pneumologie : cliquez ici)

Quelques exemples ? En voici :
• Les facteurs d'impact des journaux cardio-vasculaires sont généralement supérieurs à ceux des journaux respiratoires, non pas parce que les premiers sont qualitativement supérieurs aux seconds, mais parce qu'il y a plus de journaux cardio-vasculaires et de chercheurs en cardiologie, et donc plus de chances pour un article donné d'être cité.
• Les facteurs d'impact, dans le domaine respiratoire, de journaux comme le Journal of Applied Physiology ou Respiration Physiology and Neurobiology sont relativement bas. Pourquoi ? parce que ces revues ne mettent pas a priori de limites au nombre d'articles qu'elles publient (contrairement à d'autre journaux qui décident de "fixer" le dénominateur de leur facteur d'impact en faisant varier leur taux de refus), mais ont pour politique de publier un article dès lors que l'évaluation scientifique le permet ; et les processus d'évaluation de ces deux journaux sont réputés pour leur qualité. On notera à cet égard que ces deux revues ont des "demi-vies de citation" (autre index bibliométrique reflétant la "pérennité" des articles publiés en tant que références) très supérieures à celles de journaux du domaine respiratoire dont les facteurs d'impact sont plus élevés.
• Certaines revues aux facteurs d'impact très élevés sont connues pour avoir accepté sciemment des articles frauduleux en sachant que les contestations -et donc les citations- seraient nombreuses, et ce uniquement pour augmenter le "chiffre magique"
• L'autocitation est une façon de "gonfler" le facteur d'impact sans que cela ne signifie pour autant que les articles cités font l'objet d'une forte reconnaissance par la communauté scientifique. Cette technique est employée depuis de nombreuses années par certain journaux, et a connu une véritable "explosion" depuis 2000. Pourtant, lorsque quelqu'un mentionne le facteur d'impact d'un journal, jamais ne le pondère-t-il par le taux d'autocitation correspondant.
• Le facteur d'impact est calculé annuellement par une entreprise privée, l'Institute for Science Information (ISI), à Philadelphie, à partir d'une analyse de la littérature biomédicale qui a longtemps été manuelle. Les erreurs matérielles ne sont pas rares, mais l'ISI ne publie jamais d'erratum !!!

On pourrait continuer longtemps à énoncer les raisons et les exemples qui devraient empêcher tout individu ou institution raisonnable d'en faire un outil d'évaluation qualtitatif de la littérature biomédicale (après tout, les indices bibliométriques -facteur d'impact, demi-vie de citation...il y en a d'autres- ont été mis au point à l'usage des bibliothécaires, à une ère pré-informatique, pour leur permettre de choisir judicieusement quels journaux ils devaient laisser facilement accessibles dans leurs rayons -facteurs d'impact élevés- et quelles collections ils ne devaient pas tout de suite mettre à la cave -demi-vie de citation longue-).
Pourtant, rien n'y fait, le facteur d'impact continue de régner sur les esprits, et tel jury prestigieux n'hésitera pas à dire d'un candidat ou d'une équipe "il ne publie pas dans des journaux à facteur d'impact suffisamment élevé" s'il veut déprécier les travaux en cause, ou au contraire "vous avez vu la moyenne des facteurs d'impact ?", s'il veut apprécier ces travaux. Cela correspondant à un niveau intellectuel qui est à peu près identique à celui du fameux "le Pape ? combien de divisions ?" de Joseph Staline, comme si le pouvoir du Pape s'estimait en nombre de chars d'assaut, ou à celui de quelqu'un qui penserait que les scores d'audience télévisuelle établis par l'Audimat® ont quel que chose à voir avec l'élévation spirituelle et culturelle des émissions classées.

Ceci étant dit, qu'en est-il de la Revue des Maladies Respiratoires ?
Son faible facteur d'impact, inhérent à sa situation de seul journal non anglophone pour lequel, dans le domaine respiratoire, le calcul est effectué par l'ISI, a trop souvent servi de base à une certaine condescendance amusée des universitaires (voir "Revue des Maladies Respiratoires : les trois défis. Rev Mal Respir 2001 ; 18 : 11-16), illustrant la méconnaissance qui prévaut sur le sujet (voir ci-dessus). Comme il est difficile, et inutile, de nager contre le courant, le Comité de Rédaction 2001-2004 a décidé de jouer le même jeu que d'autres revues, et de mener combat pour faire monter le facteur d'impact de la Revue. Il n'y a malheureusement pas beaucoup d'autres moyens, pour une revue francophone, que de recourir à l'autocitation. Cela a été fait (y compris au travers d'éditoriaux "spécifique", et le facteur d'impact 2003 de la Revue des Maladies Respiratoires a franchi pour la première fois le seuil historique de 0,5, s'établissant exactement à 0,664, et ce malgré une augmentation constante du nombre d'articles publiés qui est un handicap. 

Mais bien évidemment, ce n'est pas à cela que se juge la qualité de notre Revue, qui est beaucoup plus fière de sa résistance à l'érosion des abonnements, de son taux très élevé de renouvellement des abonnements d'une année sur l'autre, de la fréquence des visites à ses pages de présentation internet, de l'augmentation du nombre et de la qualité des articles qui lui sont soumis et de l'appréciation de ses lecteurs ! .


T. Similowski, Rédacteur en Chef 2001-2004
le 30 janvier 2005


source : Revue des Maladies Respiratoires
mise en ligne : 30 janvier 2005

 


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